
- Pardon ?
- Toi tu iras à la fac, tu auras une chambre universitaire. Nous te surveillerons de loin.
- Vous me surveillez de loin, style vous êtes des profs ou autres et je ne vous connaît pas ? Mon estomac était en train de tomber, sensation étrange.
- Non, tu ne nous verras pas et tu ne pourras pas non plus nous parler. Mais nous serons toujours à tes cotés.
-Ha.
Mon estomac avait fini sa chute, ce qui n'était pas pour me réconforter, j’étais très mal. Comme détachée de moi-même, j’avais compris les paroles mais je ne voulais pas les admettre. Je crois
que le blondinet parlait, mais je ne l’entendais pas. Mécaniquement je pris mon sac et me levai :
- Tu vas où ?
Tiens, le son était revenu.
- Je vais dans ma chambre universitaire que vous m'avez si gentiment réservé et qui ressemble, de mon point de vue, à un tombeau. On se revoit au procès.
Et je sortis les laissant là. Ce fut Aaron qui réagit le plus vite.
- Hé attends, tu ne connais pas la ville, on va te conduire.
- Pas la peine, ça serait dommage qu’on nous voit ensemble, cela nuirai à votre fabuleux plan.
Et je continuais automatiquement les laissant là.
Arrivée à l’arret de bus je demandai à un homme comment se rendre à l’université de droit. Dans un parfait anglais il m’indiqua la marche à suivre. J’avais compris, j’étais
autonome. J’arrivai sans soucis. Pour tout vous dire je n’ai que des images floues du trajet, des bribes de paysages entrevues par la fenêtre, des morceaux de conversations volées. J’avais du mal
à réaliser que je ne verrais plus les garçons, et tant mieux, cela m’évitait de me faire encore plus remarquer. Avec mon apparence je ne passais pas inaperçue. Encore une excentrique, se disaient
les gens. Indifférente, j’allais au campus. Une fois arrivée j’interrogeai le gardien pour qu’il me guide, ce qu’il fit bruyamment. Après une demi heure de trajet passé à m’expliquer en long et
en large les règles de la communauté, insistant surtout sur la finesse des murs, il s’inquiéta de la légèreté de mes bagages, je n'avais que mon sac.
- Ils arrivent plus tard, lui dis-je .
Et je lui claquai la porte au nez. Directement je me mis au lit, sans un regard pour ma nouvelle résidence, je m’effondrai enfin. Cela dura plus de trois jours. Je revoyais en boucle Erwan
m’annoncer qu’on se séparait. Puis je dérivais sur beau, et son air satisfait lorsqu'il nous annonçait son nouveau prénom, nos soirées à coté de la piscine, son apparition tel un chevalier venant
nous délivrer. Et je repartais sur Erwan et notre nuit de captivité. Ce fut la faim qui me poussa à sortir de la pièce. Avant de partir je fouillai pour la première fois mon appartement, dans un
tiroir je trouvai une carte bleu et des papiers d’itentité en blanc. Je jouerai au faussaire plus tard. Je pris la carte (au nom de Mademoiselle Biffa, pas terrible) et sortis. Je commençai par
m’attaquer au mac do, sur les campus il y a toujours de quoi mal se nourrir. Puis j'errai un moment avant de trouver la superette du coin. Je fis une véritable expédition dans les rayons prenant
de quoi tenir un siége. Ce fut totalement rompue que j’arrivai à la chambre, pliant sous le poids des victuailles. Je m’allongeai et cinq jours plus tard quelqu’un vint me déranger, c’était le
concierge :
- Désolé du dérangement, je vous apporte votre courrier, il déborde.
- Merci, bonne journée répondis-je d’un ton terne.
J’allai fermer la porte quand il ajouta :
- Vous êtes sûr que vous allez bien ?
- Oui, pourquoi ?
- Vous ne sortez pas de votre chambre.
- J’aime ma chambre, répondis-je du même ton éteint.
- Vous portez toujours les même vêtements.
- j’aime cette tenue.
- On ne vous entend pas de la journée.
- J’aime le silence.
- Mais on dirait que vous ne faites rien de la journée, ce n’est pas normal à votre age.
- J’aime ne rien faire, je suis une fille enthousiaste.
Le ton était toujours aussi plat et je vis l’homme en face retenir un hoquet de surprise. Je repris
- Il y a autre chose ?
- Non, vous commencez les cours dans deux semaines au cas vous vous ne le saviez pas.
- Bien.
Divin témoin 110