
Ses yeux s’assombrirent.
- Tu as raison, reprenons.
Le sérieux dicta le reste de la séance, toute bonne humeur avait déserté mon compagnon au point où je me demandait si un jour il plaisanterai de nouveau avec moi. J’ai fait une boulette me
dis-je, déjà qu’ Erwan n’est pas drôle alors si lui aussi devient lugubre. Mais je fus vite rassurée, dès les pistolets posés j’eus le droit à une de ses répliques. Je souris, certes son
humour était particulier mais c’est toujours mieux que rien.
De séance en séance je progressai, rien de spectaculaire mais j’avançais. Le soir quand il rentrait padre prenait la suite m’enseignant le corps à corps. Ainsi mes journées étaient bien remplies,
le temps me paraissait agréable en compagnie des deux hommes. Cependant j’avais des difficultés de communication avec le curé. Célian était incontestablement un allié mais je n’arrivai pas à me
décider pour le rouquin. Il était froid, distant, il m'en difficile de l'approcher. Notre relation tranchait nettement avec la complicité qui s’installait entre l’ange et moi. Je supposais que ça
ira mieux avec le temps.
Mon premier jour de cours arriva. Armée d’un stylo (enfin d’une vingtaine avec plein de couleurs) et de mon cahier j’entrai, sûre de moi, en droit administratif. Le prof
paraissait assommant, comme tous les enseignants me dis-je. À première vue pas de différence entre un professeur français et un professeur canadien. Enfin ça c’est à première vue, la différence
me sauta aux yeux lorsqu’il commença à parler :
- Hello my name is Machabin. I’m doctor of administrative law…
Il continua ainsi pendant une heure, j’étais perdue. Ça en était trop. J’attendis la pause et quittai la salle. Une fois dans le couloir j’errai sans but, j'ignorai comment rentrer car c’était
blondinet qui m’avait déposée ce matin. Dans mon égarement je trouvai la cantine, des travaux (?) et découvris tous les amphis. Ainsi je ne serais plus perdue, ça me faisait une belle jambe ! De
couloir en couloir je me retrouvai devant l’infirmerie. Sans trop savoir pourquoi j’entrai y chercher du réconfort. Célian était seul. Dès qu’il vit ma mine il fut inquiet :
- Hé ça va pas ?
Sans même m’en apercevoir j’éclatai en sanglots. Paniqué il me prit dans ses bras. Sa chaleur, son odeur (Hugo Boss) me réconfortèrent. Je m’accrochai à lui.
- Qu'y a-t-il ?
- C’est trop dur, je n’y arrive pas, je veux rentrer chez moi.
Je donnais l’impression d’avoir cinq ans, mais c’était plus fort que moi, je me sentais comme une fillette dépassée par les événements. Les larmes coulaient sans mon autorisation, la seule chose
que je pouvais faire c’était me raccrocher au doc. Il me prit plus fort dans ses bras et me berça. Je passai la journée avec lui. Heureusement personne ne fut malade. En rentrant pour une fois ce
fut le padre qui nous accueillit :
- Alors cette première journée ?
Je grognai et montai dans ma chambre alors que derrière moi Célian faisait non de la tête.
- J’espère que tu vas te préparer pour l’entraînement me lança-t-il d'une voix implacable.
- Pas ce soir padre, laisse la tranquille.
- Hors de question, c’est important.
Divin témoin 16