
Je reprenais espoir. Ainsi je pris l’habitude d’aller manger chez lui, ce fut ma première
erreur.
Le soir lorsque je rentrai Erwan m’attendait :
- Nous ne sommes pas obligées de s’entraîner ce soir, tu dois encore être meurtri de la dernière fois.
Il me toisa de son regard accueillant. Erwan est certainement le seul homme à pouvoir être hautain et bienveillant en même temps, c’est extrêmement déstabilisant.
- Ne cherche pas d’excuse, va te changer.
En montant je l’entendais lier une conversation avec l‘ange.
- Alors qu'elles sont les nouvelles ? Elle est venue te voir ? A-t-elle été en cours ?
- Ce fut satisfaisant. Alors comme ça tu aimes le rouge, j’en apprends de plus en plus sur toi le prêtre…
Leurs voix moururent au loin.
Entraînement, repas ( kebab commandés, c’est décidé je prends en main la nourriture! Question de minceur!) et interrogation. Cette fois ci j’étais prête, j’avais réfléchi à mes questions pendant
les cours.
Comment est faite la constitution (c’était le sujet de mon cour)
Pourquoi le Canada a-t-il choisi ce drapeau (question culture canadienne)
Qui est dieu pour toi (seule question réellement intéressante).
Après les avoir lues il posa des yeux sombres sur moi.
- Es tu certaine ?
- Je pensais pouvoir tout demander.
- Soit, tu auras tes réponses demain.
- Qu’est ce que tu as requis ?
- Je lui ai demandé qui était dieu pour lui.
- Ça risque d’être fascinant.
En effet le programme était prometteur mais la chute fut manquée. Figurez vous que Dieu est un soutien pour lui ! voila c’est tout ce qui était tracé sur le papier. Cela m'aura au moins servi à
apprendre le mot soutien, mais cette faible victoire ne combla pas ma déception.
Toute la semaine se déroula ainsi. Le curé développait les deux premières questions, mais jamais celle qui le concernait. Pourtant je m’acharnai, en vain, il restait mystérieux. La communication
entre nous demeurait compliquée, pour ne pas dire inexistante. Les quiproquos étaient nombreux, créant une insatisfaction constante, l'ambiance générale en pâtissait grandement, heureusement que
Beau allégeait l'atmosphère . Cependant le vendredi lorsque je demandai si je pouvais aller faire les courses pour cuisiner un peu la réponse fut claire et se passa de dictionnaire YES.
C’est ainsi que le samedi suivant je partis à l’assaut du supermarché du coin. Pas de quoi s’enflammer me direz vous, alors il faut savoir que depuis que j’ai vu le meurtre je
n’ai pas pu faire de shopping, cela va faire des mois que je fais mes courses sur Internet ! L’odeur des rayons, la chaleur suffocante, la foule qui vous presse de tous cotés, l’impossibilité
d’accéder aux produits, le fait qu’il n'y en ait plus, que ça a été déplacé, qu’on sait pas où c’est, que le dernier vient d’être pris, les oublis… c’est fou ce que tous ces petits bonheurs
m’avaient manqués (bonheurs, suis-je en sure ?). C’est gaiement que je me lançai dans la populace, écouteurs à fond dans les oreilles, je zigzaguais entre les étals d’une main de maître. Des
légumes! De la soupe!!! C’est génial enfin de la vraie nourriture! J’étais au paradis. Enfin pas tout à fait car un individu de sexe masculin me suivait partout. Aux épices il essayait d’engager
la conversation, arrivés au primeur il me flattait, il me faisait la sérénade au niveau du poisson et commençait sérieusement à s’énerver quand je fus devant les surgelés. Je le voyais gesticuler
et parler de plus en plus fort (ce qui était inutile je l’entendais parfaitement depuis le début) mais je continuai à l’ignorer, il finira bien par se lasser. Cependant j’avais sous estimé la
ténacité des canadiens. D’un geste vif il s’empara de mes écouteurs et les arracha. Je protestai:
- Hé!
- Hlaidhabdkjadfakljdz.
Hum mes progrès en Anglais n’étaient pas fulgurants.
- Can you repeat please? (pouvez-vous répéter s’il vous plait?)
- hzdoazdiahn.
Non vraiment pas. Bon de toutes façons je savais très bien ce qu’il me voulait.
- Sorry, I am not intersted. (désolée je ne suis pas intéressée).
Divin témoin 20