Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /Nov /2009 21:33
Je découvris une scène que jamais plus je ne pourrais oublier. Contre le mur qui fermait l’impasse se dressaient trois hommes. L’un était au sol, tenu par le second, alors que le troisième leur faisait face et torturait l’homme à terre. Par la bénédiction du petit écran, tout le monde avait ce genre de scène en tête, mais je vous assure que dans la réalité c’est très différent. Quand vous êtes dans votre sofa, vous vous figurez que vous seriez plus intelligente que la blonde qui hurle, que vous vous auriez deviné que le grand costaud était le méchant. En réalité rien de tout cela n’est vrai, en réalité ce genre de scène a une odeur : elle empeste. L’odeur du sang vous prend à la gorge et vous fait monter les larmes aux yeux. Les cris étouffés et le bruit des gifles vous donnent envie de vomir et vous n’avez même pas le réflexe de l'héroïne de base, vous n’arrivez pas à courir. Dans la vraie vie vous vous faites toute petite. Je m’étais cachée derrière les poubelles d’où je pouvais continuer à voir la scène. Pourquoi n‘étais-je pas partie ? Je l‘ignore encore. J’étais là, derrière mes poubelles mal odorantes, mais sentant quand même meilleur que la pestilence de la ruelle, et je regardai un homme mourir, car oui il va mourir. Mais pas tout de suite, l’autre individu prenait son temps m’épargnant aucune plainte, aucun gémissement. Alors que les tueurs se délectaient de cette mélodie, moi j’en tremblai. Les détails pour mon plus grand malheur, se marquèrent dans ma mémoire. Le visage du mourant et ceux de ses bourreaux, la musique de la boite que j’entendais en arrière fond, les cloches qui sonnaient au loin, un moustique qui eut l’audace de me piquer. Et la frayeur, la mienne, la sienne, la peur en général. Puis ils finirent par le tuer. Il fallait bien qu’il y ait une fin, et je vous l’avais annoncée, le malheureux mourrait m’entraînant dans sa chute. Mais cela je ne le savais pas encore. Les deux assassins passèrent devant moi sans me voir, jamais ils n’avaient soupçonné ma présence alors que moi je suintai de la leur. J’arrivai enfin à distinguer leur voix.
- On a bien fait de le liquider, même si ce n’est pas lui la taupe.
- Gros Tony nous a eu, mais on finira bien par trouver son homme. En attendant prévins le chauffeur que nous arrivons.
Un numéro de téléphone plus loin j’entendis dans le lointain :
- Blaise veut que tu viennes le chercher, on est rue du commerce, et magne toi ! Le boss n’aime pas attendre.
Ils restèrent là encore quelques minutes, bien exposés sous le réverbère, comme fait exprès. Tout d’un coup un bruit effroyable de moto déchira l’instant et ils finirent enfin par s’en aller. Je sortis des poubelles et vomis, c’était inéluctable. Ce fut, évidement, le moment que choisit mon amie pour me rejoindre accompagnée de l'apollon que je désirais. Quand la fatalité vous tombait dessus il était inutile de lutter. D'une voix angoissée elle annonça :
- Tu as trop bu ! Je te ramène à l’auberge et on ne discute pas. Merde ! Je suis sûre que demain dans l’avion tu vas être malade.
Mon apollon  me prit (enfin) dans ses bras et me porta jusqu’à mon lit où il m’abandonna aux soins de ma copine.

Divin témoin 3
Par solenne&chloé - Publié dans : Divin témoin - Communauté : le ciel étoilé
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