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Je découvris une scène que jamais plus je ne pourrais oublier. Contre le mur qui
fermait l’impasse se dressaient trois hommes. L’un était au sol, tenu par le second, alors que le troisième leur faisait face et torturait l’homme à terre. Par la bénédiction du petit écran, tout
le monde avait ce genre de scène en tête, mais je vous assure que dans la réalité c’est très différent. Quand vous êtes dans votre sofa, vous vous figurez que vous seriez plus intelligente que la
blonde qui hurle, que vous vous auriez deviné que le grand costaud était le méchant. En réalité rien de tout cela n’est vrai, en réalité ce genre de scène a une odeur : elle empeste. L’odeur du
sang vous prend à la gorge et vous fait monter les larmes aux yeux. Les cris étouffés et le bruit des gifles vous donnent envie de vomir et vous n’avez même pas le réflexe de l'héroïne de base,
vous n’arrivez pas à courir. Dans la vraie vie vous vous faites toute petite. Je m’étais cachée derrière les poubelles d’où je pouvais continuer à voir la scène. Pourquoi n‘étais-je pas partie ?
Je l‘ignore encore. J’étais là, derrière mes poubelles mal odorantes, mais sentant quand même meilleur que la pestilence de la ruelle, et je regardai un homme mourir, car oui il va mourir. Mais
pas tout de suite, l’autre individu prenait son temps m’épargnant aucune plainte, aucun gémissement. Alors que les tueurs se délectaient de cette mélodie, moi j’en tremblai. Les détails pour mon
plus grand malheur, se marquèrent dans ma mémoire. Le visage du mourant et ceux de ses bourreaux, la musique de la boite que j’entendais en arrière fond, les cloches qui sonnaient au loin, un
moustique qui eut l’audace de me piquer. Et la frayeur, la mienne, la sienne, la peur en général. Puis ils finirent par le tuer. Il fallait bien qu’il y ait une fin, et je vous l’avais annoncée,
le malheureux mourrait m’entraînant dans sa chute. Mais cela je ne le savais pas encore. Les deux assassins passèrent devant moi sans me voir, jamais ils n’avaient soupçonné ma présence alors que
moi je suintai de la leur. J’arrivai enfin à distinguer leur voix.