
Les deux assassins passèrent devant moi sans me voir, jamais ils n’avaient soupçonné
ma présence alors que moi je suintai de la leur. J’arrivai enfin à distinguer leur voix
- On a bien fait de le liquider même si ce n’est pas lui la taupe.
- Gros Tony nous a eus, mais on finira bien par trouver son homme. En attendant prévins le chauffeur que nous arrivons.
Un numéro de téléphone plus loin j’entendis dans le lointain :
- Blaise veut que tu viennes le chercher à la rue de commerce et magne toi le boss n’aime pas attendre.
Ils restèrent là encore quelques minutes, bien exposés sous le réverbère comme si c’était fait exprès, pas de souci ça pour les voir je les voyais ! Tout d’un coup un bruit effroyable de moto
déchira l’instant et ils finirent enfin par s’en aller. Je sortis des poubelles et vomis, c’était inéluctable. Ce fut, évidement, le moment que choisit mon amie pour me rejoindre accompagnée de
l'apollon que je désirais. Quand la fatalité vous tombe dessus il ne faut pas lutter. D'une voix angoissée elle annonça :
- Tu as trop bu ! Je te ramène à l’auberge et on ne discute pas. Et mince je suis sûre que demain dans l’avion tu vas être malade.
Mon apollon me prit (enfin) dans ses bras et me porta jusqu’à mon lit où il m’abandonna aux soins de ma copine.
L’histoire aurait pu s’arrêter là et j’aurais peut être même appris à vivre avec, mais je suis juriste et j’ai donc un minimum de convictions sur l'attitude à adoptée dans ces circonstances.
Presque fièrement, je suis allée remplir mon devoir civique. Balivernes ! J’aurais mieux fait de me casser une jambe voire même les deux ! Après trois heures d’attente (si ça continue je vais
manquer mon avion) un policier me reçut. Nom, prénom, adresse… bref la paperasse officielle. Passées environ trente minutes de discussions inutiles, un regard à mon passeport aurait suffit, le
policier se décida à entrer dans le vif du sujet :
- Et qu’est ce qui vous amène ?
J'aurais du lui répondre "une furieuse envie de discuter", mais je me tus (mon avion décolle dans moins de quatre heures)
- J’ai vu un meurtre hier soir dans la ruelle derrière le Fuzzi.
Agitation, tout d’un coup l’homme en face de moi me prend au sérieux.
- Vous avez vu l’assassinat du Fuzzi ?
- Oui, c’est en effet ce que je viens de dire. Allez on accélère j’ai un avion à prendre, j’ai vu les tueurs et je pourrais les reconnaître. Il y en a un qui s’appelle Blaise et il cherchait un
homme du Gros Tony. Quel nom horrible soit dit en passant, comment peut on appeler son enfant ainsi ? Ça vous dit quelque chose ?
L’homme en face de moi s’agitait de plus en plus sans que j'en comprenne la raison. Qu’il me montre des photos et je pourrais enfin m’en aller.
- Veuillez patienter mademoiselle, je vais chercher quelqu’un.
- Soit mais je tiens à vous signaler que mon avion décolle dans moins de quatre heures maintenant.
- Oui, oui.
Je restai assise là, penaude, pendant plus de trois quarts d’heure. J’allais partir lorsqu’il revint avec un homme plus âgé. Il m'ordonna de le suivre.
- Oui, mais pas longtemps. J’ai un avion qui va décoller (je sais je radotais mais à cette époque ça me tenait réellement à cœur, je suis certaine que vous me comprenez).
- Hum, hum me répondit-il.
Non mais ce n’est pas vrai personne ne m’écoutait ! On me fit asseoir dans un bureau lugubre qui ressemblait aux locaux des flics des les séries B (décidément je regarde trop la télé). La table
était noyée sous une montagne de formulaires, elle était entourée de murs beiges qui paraissent toujours sales même si ils ne le sont pas. Comble du luxe le fonctionnaire avait une fenêtre
minuscule (un mirador peut être) qui déversait une lumière fade sur la scène. Il ne manquait plus que le cigare. Cette image me fit naître une envie de fumer mais il était inutile de rêver, ici
les lois anti-tabac sont strictes me rappelais-je. Je regardais l’homme usé me faire face et reprendre les questions que son collègue m’avait déjà posées. C'est impossible, je vais être en
retard. Je répondais à la hâte. Puis virent les questions essentielles :
Divin témoin 3