Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 18:56
L’histoire aurait pu s’arrêter là, et j’aurais peut être même appris à vivre avec, mais j’étais juriste et j’avais donc un minimum de convictions sur l'attitude à adopter dans ces circonstances. Presque fièrement, j’allais remplir mon devoir civique. Balivernes ! J’aurais mieux fait de me casser une jambe, voire même les deux ! Après trois heures d’attente (si ça continuait, j’allais manquer mon avion) un policier me reçu. Nom, prénom, adresse… bref la paperasse officielle. Passées environ trente minutes de discussions inutiles, un regard à mon passeport aurait suffit, le policier se décida à entrer dans le vif du sujet :
- Et qu’est ce qui vous amène ?
J'aurais du lui répondre "une furieuse envie de discuter", mais je me tus (mon avion décollait dans moins de quatre heures)
- J’ai vu un meurtre hier soir dans la ruelle derrière le Fuzzi.
Agitation, tout d’un coup l’homme en face de moi me prenait au sérieux.
- Vous avez vu l’assassinat du Fuzzi ?
- Oui, c’est en effet ce que je viens de dire. Allez, on accélère j’ai un avion à prendre. J’ai vu les tueurs et je pourrais les reconnaître. Il y en a un qui s’appelle Blaise et il cherchait un homme du Gros Tony. Quel nom horrible soit dit en passant, ça vous dit quelque chose ?
L’homme en face de moi s’agitait de plus en plus sans que j'en comprenne la raison. Qu’il me montre des photos et je pourrais enfin m’en aller.
- Veuillez patienter mademoiselle, je vais chercher quelqu’un.
- Soit, mais je tiens à vous signaler que mon avion décolle dans moins de quatre heures maintenant.
- Oui, oui.
Je restai assise là, penaude, pendant plus de trois quarts d’heure. J’allais partir lorsqu’il revint accompagné d’un homme plus âgé. Il m'ordonna de le suivre.
- Oui, mais pas longtemps. J’ai un avion qui va décoller (je sais je radotais, mais à cette époque ça me tenait réellement à cœur, je suis certaine que vous me comprenez).
- Hum, hum, me répondit-il évasif.
Personne ne m’écoutait ! On me fit asseoir dans un bureau lugubre qui correspondait complément aux stéréotypes véhiculés par les séries B. La table, qui était noyée sous une montagne de formulaires, était entourée de murs beiges paraissant toujours sales. Comble du luxe, le fonctionnaire avait une  minuscule fenêtre (un mirador peut être) qui déversait une lumière fade sur la scène. Il ne manquait plus que le cigare. Cette image me fit naître une furieuse envie de fumer, mais il était inutile de rêver, ici les lois anti-tabac sont strictes me rappelais-je. Je regardais l’homme usé me faire face et reprendre les questions que son collègue m’avait déjà posées. C'était impossible, j’allais être en retard. Je répondais à la hâte. Puis virent les questions essentielles :
- Vous prétendez avoir vu le meurtre du Fuzzi. ?
Une impression de déjà vue m’envahit :
- En effet,mais ne l’ai-je pas déjà dit ?
Allez on recommençait, et avec le sourire s’il vous plaît. Et je décrivis à nouveau la ruelle, l’odeur, la mort de cet homme dont je ne connaissais même pas le nom, le dialogue. Et à la fin de mon récit je reçus un texto « bon sang où es-tu ?! Je suis en train d’embarquer, je t’attends dans le hall 4 porte 8 dépêche toi ! » et zut !
- Je suis désolée, mais là j’ai un avion à prendre, lançai-je désespérée au commissaire.
- Je pense que votre vol va être annulé mademoiselle. Vous voulez bien me suivre on va vous montrer des photos afin que  vous identifiez l’assassin.
Avais-je vraiment le choix ? Lorsque je désignais le coupable mon avion s’envolait avec mon amie dedans. J’étais maintenant seule au Canada, mes vacances venaient de prendre fin.
- Êtes-vous sûre de vous ?
- Pardon ?
Ha oui, la désignation du coupable. Je regardais une nouvelle fois la photo.
- Oui c’est lui, Blaise et l’autre homme c’est celui d’à coté.
- Et merde ! Je vais vous mettre sous protection pendant que vous signez votre déclaration.
- D’accord.
Un instant passa.
- Pardon ! M'écriais-je Non, finalement pas d’accord du tout ! Pourquoi une protection ? Je veux rentrer chez moi !
- Désolé, mais vous venez d’identifier le patron des Diablos, vous ne pouvez plus rester sans protection.
-Des Diabolos ? En quoi ça me regarde ? Je ne sais même pas ce que c'est ?
Je m'imaginais déjà des hommes parfums fraise, menthe ou grenadine.
- Les Diablos, me reprit-il. Vous ne pouvez ignorer que le Canada est confronté à un grave problème de crime organisé. Des bandes de motards criminelles régissent le marché noir. Bien sur en cet instant je ne le savais pas, mais je hochai la tête pour ne pas paraître stupide encouragent le policier à continuer. Deux se livrent une guerre sans merci les Diablos et Hell Angels.
- Les Diablos et les Hell Angels, cela ressemble à une mauvaise plaisanterie.
- Demandez aux nombreuses victimes qu’ils laissent derrière eux. Enfin, cela fait des années que l’on cherche à coincer le chef de ces bandes : Blaise le chef de la bande « française » et Gros Tony l‘anglais. Grâce à vous nous tenons déjà Blaise.
Je gémis, ça ne me plaisait pas du tout. Il reprit indifférent à ma plainte.
- Le souci c’est que les motards sont infiltrés partout. Ils travaillent dans toutes les administrations, notamment la police.



Divin témoin 4
Par solenne&chloé - Publié dans : Divin témoin - Communauté : Se sentir liVre
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