Mécaniquement je resserrai mon étreinte, et pendant qu’il essayait de me convaincre de lâcher prise, je réfléchissais. Je ne me souviens pas avoir été blessée. Peu être en atterrissant, mais
j’aurais eu mal. Il y a quelque qui ne va pas, je le sens, mais quoi ? Hum… il manque quelque chose… Euréka ! J’ai trouvé ! Je n’ai pas subi le prix du sort. Lorsque je change
d’apparence je suis pliée de douleur au sol, alors changer d’univers devrait me terrasser. Mais je me sens bien, c’est donc que le prix n’est pas la douleur. Célian a trouvé du sang par terre,
c’est donc le prix du sang, pour aller dans un pays de vampire ça semble logique. Soit, je saigne donc, ne me reste plus qu'à déterminer où. Je sortis la tête des épaules du curé pour tomber nez
à nez avec Célian. Dans l’espoir de me convaincre il s’était accroupi face à moi. En me voyant il devint blême et d’une voix aussi blanche que lui il déclara :
- A l’hopital, vite.
- Pourquoi ? Demanda padre en s’éloignant de moi.
Il me regarda et dans un mouvement leste nous souleva tout les deux tandis que Beau prenait les clefs de la voiture de Mélodie. Je cherchai toujours la source de mon saignement lorsque je vis la
tache causée par mes pleurs sur la chemise du prêtre : rouge. Une goutte me confirma ce que je savais déjà, mes larmes étaient de sang. Le trajet fut rapide et silencieux. Le curé me serrait
contre lui à l’arrière de la Twingo tandis que l’ange risquait nos vies à chaque tournant. Arrivés à l’hopital nous fûmes rapidement pris en charge. Les médecins et infirmiers parlant tous
Anglais je ne comprennais pas ce qu’ils disaient. A deux ou trois reprises je saisis le mot impossible tandis qu’ils m’auscultaient. Mes frères, fébriles, traduisaient au fur et à mesure les
questions.
- Où tu as mal ?
- Je n’ai pas mal.
- Le sac t'a-t-il heurté ?
- Non, sinon je serais morte. Ce n’est rien, ça doit être l’émotion.
- Le corps n’est pas fait pour faire cela. Tu ne devrais pas pleurer du sang même si tu as été effrayée.
Devant les regards résolus des hommes j’ abdiquais :
- Soit, faites moi des tests.
Jamais je n’aurais dû dire cela ! Ils mirent plus de six heures à m’examiner me faisant toutes sortes d’examens plus ou moins douloureux. Le cas devait être réellement
intéressant j’avais l’impression que toutes les équipes vinrent me voir et les appareils furent dégagés pour moi. Ça allait vite c’était sûr, mais ça me laissait peu de temps pour respirer. Où
est le docteur House ?! A l’origine je n’avais pas mal, je pense que les blouses blanches ont voulu me le faire payer. Ils prenaient soin de tout m’expliquer avant de commencer un nouveau
traitement mais comme je ne déchiffrais rien,les garçons avaient été priés de partir, cela s'avérait inutile. L’avantage était que ça m’évitait de stresser. Ils en étaient à leur je ne sais plus
combientième résultat, lorsqu’un type à l’air plus déprimé que les autres vint m’expliquer la suite. Je l’écoutai d’une oreille distraite prête à opiner comme d‘habitude, lorsque soudain dans la
même phrase je traduisis les mots trou et tête. Je le fis répéter. Je ne devinai rien du reste de la phrase, mais il était certain que cet infirmier avait prononcé les mots trou et tête.
J’arrachai les différents tubes qui me sortaient du corps et fusai dans les couloirs. Atterrés les internes n’eurent pas le temps de réagir, il leur fallut plusieurs secondes pour s ’élancer
à leur tour dans les couloirs. Porte après porte je guettais la sortie. Mais où avaient ils planqué la sortie ? Espèces de sadiques ! Encore une double porte enfoncée, à défaut d’issue
je vis padre assis en train de lire et Beau qui revenait de la cafeteria, les mains emplies de deux gobelets. A mon entrée fracassante Erwan se leva. Je me servis de son corps pour casser mon
élan, enroulant non bras autour de son torse. Je me cachai derrière lui, me réfugiant dans son dos.
- Ils veulent me trépaner, hurlai-je.
Divin témoin 90