Dimanche 21 novembre 2010 7 21 /11 /Nov /2010 14:08

La louve et le prince, tous les articles.

La louve et le prince, résumé.

  • - Je te vois te sentir différente depuis tout à l'heure. Rappelle-toi que je suis toujours la même personne. Maintenant, cesse tes enfantillages et viens courir. La louve en toi va adorer faire la course avec nous.

Je fronçai mes blonds sourcils, tandis qu'il expliquait qui j'étais à sa mère, qui le prit avec philosophie : tant de créatures plus ou moins dangereuses se côtoyaient en ce monde. Elle n'attendit pas davantage. L'instant d'après, elle n'était plus dans la cavité. Prince me scruta, avant de chuchoter :

- Suis-moi si tu peux.

espiegle.jpgIl me sembla que ces mots dépassaient largement la situation présente. Il se lança à la poursuite de sa mère. Plongeant en avant, il se changea pour ce faire en un jeune fauve que j'entendis déraper aux tournants. Je me retrouvai seule dans la cavité qui me sembla soudain plus sombre qu'elle ne l'était réellement. Comme si j'étais définitivement seule, ayant échoué à suivre celui que me destinaient les Dieux. C'aurait été la conséquence de nos trop grandes différences. Dans un grondement de refus, je me précipitai vers la sortie de la grotte. J'avalai les escaliers pour me retrouver à l'orée des bois, où Rubis releva la tête brusquement de l'herbe qu'il broutait. Il eut un mouvement de recul, comme si malgré mon apparence humaine, il sentait que je ne l'étais déjà plus entièrement. Je le dépassai, humant l'air nerveusement, puis détectai l'odeur de mes proies. Je me ruai vers celui que j'aimais comme si c'était un gibier : désespérément, avide, sans penser aux conséquences. Au début, je dus négocier avec la louve en moi qui, consciente de mon infériorité numérique, eut préféré les fuir. J'accélérai pour que la vitesse me grise enfin et abolisse mon jugement – ou le peu qu'il en restait encore. Plus vite, plus vite... Voilà, ce vent qui me fouettait le pelage et la truffe, ce mouvement d'une rapidité mécanique de mon corps tout entier, cette vision troublée par la vitesse, ce rugissement du vent fouetté par ma silhouette ; la louve adorait tout cela et elle en voulait plein. Je suivais toujours les proies, je sentais dans l'air que je courais dans leurs pas. J'accélérai encore, allant au bout de mes capacités, les troncs d'arbres ressemblant maintenant à des murs que l'on placerait au dernier moment sur ma route. Il me fallait une concentration sans bornes pour ne pas m'y encastrer et bientôt je sentis que c'était trop. Alors je rendis les commandes à la louve qui ralentit instantanément.

Les panthères apparurent presque aussitôt, haletantes elles aussi. Elles ne vinrent pas jusqu'à moi, mais déjà, j'évaluais mes chances de gagner un combat – faibles – ou de les fuir – inexistantes, j'étais bien trop faible. Quelle était cette lueur d'espoir lancinante, qui provenait d'un espace reculé de ma conscience de louve ? C'était l'humaine... cette partie-là de moi reprit sa place à mon esprit. Je pris aussi cette forme, ce en quoi l'immortel m'imita.

  • - J'ai cru que tu allais te tuer, souffla-t-il simplement.

Nous étions liés depuis qu'il m'avait mordue. Il avait senti ma détresse. Aussi étaient-ils venus nous chercher. Il ne dit rien d'autre, mon promis n'était pas homme à se perdre en grands étalages de sentiments. Parce que ce n'était pas un homme. Bien longtemps après nous retrouvâmes Rubis qui nous salua du museau. Prince prit la parole, encore mal à l'aise.

  • - Il est dix huit heures, mère, nous allons rentrer et nous reviendrons demain matin, voir père et savoir comment s'est passé l'entretien avec les gnomes. A quelle heure père sera-t-il ici ?

  • - En fin de matinée, il vient de loin comme vous.

Prince et moi échangeâmes un regard éberlué :

  • - Vit-il parmi son peuple ? S'étonna-t-il.

  • - Bien sûr, fils, sourit-elle intérieurement.

Après un long échange de regards, nous nous saluâmes avant de quitter la reine. Nous fûmes bientôt au grand galop sur le dos de Rubis. Mais Prince ne demanda pas le départ aussitôt. Je le laissai faire, nerveuse, sans oser troubler ses réflexions, qui semblaient graves. Finalement, tandis que Rubis trépignait, dansant d'un pied sur l'autre, l'immortel se tordit le cou, s'y reprenant à plusieurs fois, peinant à prononcer les mots :

- Tarah... Préserve-toi de souffrir par ma faute.

Il aurait voulu m'expliquer, mais les mots ne franchirent pas ses lèvres. Pourtant, je compris de moi-même. Mon promis m'aimait, mais d'un amour destructeur propre à sa nature, Callista l'avait rendu ainsi. Je ne devais pas le laisser me mettre à l'épreuve, ou j'y perdrais des plumes ou sans doute plus encore. Ses mâchoires se contractèrent, puis il se retourna, avant de demander le galop. Mes courbatures se rappelèrent à mon bon souvenir, mais peu m'importait : j'étais de toute façon d'humeur fort maussade. Mais à mesure que le paysage défilait, agitant follement mes longs cheveux clairs, je considérai que peu importait. Je fis le vide à mon esprit, serrai fermement Prince entre mes bras, posai la tête contre son dos, puis me laisser aller à l'effet grisant de la vitesse sur mon esprit fatigué.  

 

La louve et le Prince 79.

Par chloé - Publié dans : La louve et le prince. - Communauté : les créatifs
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