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La louve et le prince, tous les articles.
La louve et le prince, résumé.
Mon cœur manqua un battement lorsque je compris que c'était le Spare qui habitait la rouquine, qui parlait sans se cacher.
-... nous avons été projetés sur Terre mais nous n'y sommes pour rien. Planant entre les deux mondes, nous avons su qu'il fallait choisir un endroit pour nous infiltrer et survivre. Sans trop y penser nous avons fait ce que la Nature murmurait. Ce n'est qu'une fois piégée à l'intérieur de Claire que j'ai entrevu ce que nous avions fait. Soyez sûrs que je faisais de mon mieux pour ne pas lui faire de mal...
Elle changea d'expression et posa
les mains sur ses tempes avant de continuer :
- Le Spare me laisse libre de temps en temps mais c'est très douloureux...
Dans un frisson je compris que Claire était là de nouveau.
- Bref elle dit vrai, ce n'est pas un être mauvais... Cependant nous avons décidé qu'elle quitterait mon corps pour rejoindre son aimé.
Elle brandit le papillon gris. C'était donc l'animal que nous avions extrait de Kenzo, comme je m'en étais doutée dès que j'avais posé sur lui mes yeux bruns agrandis de surprise.
- Mais pourquoi n'est-ce pas déjà fait ? Questionna Prince d'un ton brusque.
- Parce qu'elle ne peut pas sortir sans ton aide, Tarah. Alors nous sommes prêtes. Même si c'est beaucoup dire...
Ses nerfs lâchèrent alors. Elle essaya de parler, mais ses paroles furent étouffées par ses bruyants sanglots. L'autre ange nous expliqua d'une voix blanche qu'il semblait que sous leur forme animale, les Spares devenaient des êtres primitifs, guidés par de simples instincts. Le Spare qui avait habité Kenzo restait près de Claire depuis qu'il avait remarqué sa présence, mais elle savait qu'il ne la comprenait pas. Il ne paraissait habité d'aucune intelligence, après quelques tests qu'elle avait effectués sur le papillon. On pouvait comprendre sa peur panique à l'idée de redevenir ainsi.
Elle tenta de se relever, mais Cristal dut l'aider à se tenir droite. Les crises de panique étaient réputées pour présenter ce genre de manifestations. Je n'en avais jamais vues, mais je tentai de garder mon calme en me rattachant à cette idée. Un garde fut prié d'ouvrir la porte, mais quoique libre, Claire ne fit rien pour s'enfuir.
Je réalisai alors que tous braquaient sur moi des regards insistants. Je compris soudain qu'il était temps. Je me préparai comme les autres fois, à grands renforts d'effets visuels et sonores, sans lesquels je n'aurais pas trouvé la force d'agir. Claire se mit à trembler de façon incontrôlable et ses larmes redoublèrent. Je compris que si j'aurais du mal à attaquer une femme innocente et désarmée, elle-même ressentait une peur panique de ce que j'allais faire, ce qui était bien naturel.
- Ferme les yeux, proposai-je.
Elle gémit très fort que non, non, elle ne pouvait pas.
- Sois certaine que tout se refermera ensuite, soufflai-je.
Elle gémit encore plus fort, mais cette fois ses paroles demeurèrent inintelligibles. Je reculai un peu pour prendre de l'élan. Je laissai Tarah derrière moi et appelai les épées à mon esprit. Rien ne se produisit. Alors j'appelai la louve. Elle vint au premier plan avec un enthousiasme qui me réconforta.
Dans un bien-être immense, je laissai l'être non pas froid comme mon vampire, mais en proie à une folie bouillonnante, brandir les armes à l'horizontal, les bras tendus devant moi. La proie hurla et supplia qu'on la tienne, pour enfin pouvoir se débattre. Mais je levai une jambe un peu haut, fis un petit saut, formai un bond en avant, puis un autre, comme le loup prend appui avant de courir en une longue succession de bonds vers la proie figée d'effroi. Le fer traversa la peau avant que les gens aient pu bouger pour la tenir, mais déjà je me retrouvai liée à la proie.
Les deux armes enfoncées côte à côte dans le cœur, Claire me fixait les yeux écarquillés et la bouche ouverte. Un filet de sang épaississait à la commissure de ses lèvres crispées. J'étais si près d'elle que l'on eut pu croire que nous allions nous embrasser. J'avais l'impression que loin de tenir le bois des épées, mes deux mains étaient fichées dans le corps de la jeune femme, en une union fatale. Enfin à peine eus-je le temps de voir arriver le papillon argent dans sa bouche qu'il s'en échappa, m'effleurant le visage. Comme tout le monde sauf Claire qui ne bougeait pas, j'observai le couple ailé s'échapper par la fenêtre grillagée. Alors le temps reprit son cours. Je posai un baiser sur la joue de Claire et d'un coup sec, je nous retirai d'elle, mes épées et moi-même.