
La journée se déroula et avec elle son lot d‘incidents. Etanne avait
fait circulé la rumeur selon laquelle le comte avait hurlé après avoir croisé un fantôme. Celui-ci devint un objet de moquerie ou d’admiration. Cette popularité soudaine était loin de lui plaire
mais les autres s’en moquaient, ils avaient plus important à faire. Il fallait commander le repas du mariage, il y aurait des anges, des humains et des vampires tous devaient trouver des plats à
leurs convenance, sans parler des spécialités locales ! Les deux hommes ne se souciaient guère de cette tâche, ils s’étaient assurés qu’il y aurait du sang et leur participation s’arrêta là.
Seule l'organisation des repas incombait aux anges, le reste de la cérémonie avait été délégué par diplomatie à des demoiselles bien nées. En effet à l'annonce du mariage plusieurs royaumes
avaient envoyé des émissaires pour aider la nouvelle reine. Cali savait qu'elle aurait dû en être reconnaissante, mais ces nobles jasaient inlassablement entre elles rendant ainsi la salle
insupportable de bruits et médisances. Et la situation s'empirait à chaque apparition de Siléa. Ignorant les liens qui l'unissaient à Etanne les princesses ne cessaient de confier leurs fantasmes
à la guerrière, alourdissant ainsi l'ambiance de la peine de l'ange. Dans cette atmosphère Cali suffoquait, étourdie par les moqueries.
- Pourquoi ne leur annonces-tu pas ton mariage ? Juste pour voir leur tête !
- C’est sûr ça serait jouissif, mais je ne peux pas tu le sais bien.
Cali dans un soupir s’éloigna :
- Hélas, je vais voir ce que fait le décorateur. Maudites soient les femmes voulant aider !
Sil lui lança un sourire d’encouragement et la regarda s’éloigner. Elle était déjà à l’autre bout de la salle quand derrière elles, un peu trop fort pour qu’elles ne puissent l’ignorer, elles
entendirent un gloussement d'où ces mots s'échappaient :
- Arrêtes ! Tu sais bien que c’est impossible pour un démon d’aimer!
Cali laissa tomber son carnet alors que Lucas cherchait des yeux la responsable. Un silence se fit, chacun devinant l’incident diplomatique qui se jouait ! Nul besoin de savoir qui était la
coupable où pourquoi cette phrase fut prononcé, le mal qu'elle avait causé se lisait sur le visage de la future mariés. Devant ce gâchis Siléa fut la plus prompte à réagir.
- Regarde Cali, regarde cet homme (elle indiqua un garde) il croyait que la paix entre les anges et les démons était impossible. Il était certain toujours pouvoir nous manger.
Elle posa la corbeille de fruits qu’elle tenait et continua en se levant doucement. Du doigt elle désigna le serviteur Tarans
- Cette femme pensait devoir vivre toute sa vie sous un voile. Et cet homme pensait que le pacte qui le protégeait était indestructible.
Elle avançait lentement, tous les regards étaient posés sur elle.
- Lui pensait qu’il ne pourrait jamais aimer fit-elle en montrant Lucas. Son ami pensait ne jamais être aimé. L'homme là-bas était convaincu que c’était impossible de se faire accepter des siens
(elle désigna Gaël qui grâce à son amitié avec la reine s’était fait une place parmi les démons). Est il impossible qu’un jour la différence n’exclue plus ?
Cette question fut posée à Cali, mais Etanne la reçut en plein cœur, l’espoir qu’elle contenait le transperça. Avec l’arrivée des anges il avait pu se renseigner un peu plus sur l’enfance
de sa femme. Il savait qu’elle aussi était traitée telle une paria. Soudain il s’en voulut de son attitude envers le petit démon. Il allait s'apaise sur ce remord mais la voix tonnant de Siléa
l'en empêcha :
- Impossible d’avoir la paix ! Impossible qu’un ange aime un démon ! Impossible qu’un démon aime un ange !
Elle était arrivée à la hauteur de Cali et la prit dans ses bras. Cette étreinte fondit la brune et la blonde en une seule entité. Leur robes se mélangèrent pour former un écrin de couleur et
tissu faisant ressortir la fragilité des anges. Cette image saisit tout le monde dans une même
émotion. Elles étaient magnifiques bien au-delà de leur physique et de l’embrassade, tous les symboles se rassemblaient en elles . Le mère et la fille, la reine et le soldat, la force et la
faiblesse, l‘amitié et l‘amour, l‘espoir et la peur. Ces oppositions semblaient se confondre pour ne créer qu’une seule et même icône, celle de deux amies qui s’enlacent. Doucement Siléa
lui chuchota :
- Impossible qu’un démon puisse éprouver du plaisir à aimer. Impossible qu’un ange donne un enfant à un vampire.
Puis elle reprit pour tout le monde :
- Tu n’en as pas marre de ces conneries ? Quand vas tu arrêter d’écouter les imbéciles ? La seule chose qui est réellement impossible dans cette salle c’est qu’une ces femmes entrent dans les
draps de Lucas… un silence se posa avant qu’elle ajoute… ou d’Etanne. Dans un sourire elle lui murmura
- Sur trois impossibles tu en as réalisé deux, c’est un bon score. Ton époux est fou de toi. Comme pour confirmer ses dires son mari fut à ses cotés. Siléa s’éloigna pour qu’il puisse réconforter
sa femme et sortit. Elle ne voulait pas affronter Etanne après cette affirmation, elle était certaine qu’il la ferait mentir, mais elle avait adoré la tête des aides ! Pourtant ce soir là
Etanne ne lui fit aucun commentaire, il lui adressa seulement un immense sourire. Surprise la jeune femme renonça à comprendre son époux et profita de sa tendresse subite.
le prisonnier de l'ange 120