Partager l'article ! Les crocs de la justice 29: Aujourd’hui encore ce savoir lui était très précieux, ça vie aurait été toute autre s’ ...
Aujourd’hui encore
ce savoir lui était très précieux, ça vie aurait été toute autre s’il n’avait pu accéder à cette connaissance.
Perdu dans ses pensées Soren avait fini par arriver au château, il n’avait plus de temps à perdre, il rejoignit rapidement sa chambre. Les parents lui avaient appris qu’Erwin était mort aux alentours de 4 heures du matin, cette information permis à l’intendant de retrouver la cassette qu’il cherchait. Un rapide visionnage lui apporta sa dernière satisfaction de la journée, on y voyait parfaitement le crime et l’assassin. Fort de ce témoignage vidéo il alla trouver le conseil, à cette heure de la journée ils devaient être réunis en assemblée plénière. Sans aucune hésitation il frappa à la lourde porte du conseil richement décorée. Une voix puissante s’éleva lui demandant de décliner son identité, ce que Soren fit sans attendre. La salle s’ouvrit alors, et ses yeux blasés par ce spectacle découvrirent comme d’habitude les sept Sages attablés autours d’un immense bureau qui couvrait trois des murs de la salle. Le visiteur qui pénétrait dans les lieux se trouvait alors au centre de l’attention des personnes les plus puissantes de ce monde, de quoi rabaisser l’estime et la confiance de n’importe quel prétentieux.
«Soren, fit la voix bienveillante d’Aliénore, que nous vaut cette visite ?
- Un drame Madame. Hier soir dans la ruelle du Goblin un enfant, un soldat, a perdu la vie dépouillée par un malfrat sans honneur ! Je connaissais bien cet homme pour l’avoir vu grandir et sa perte a déchiré mon cœur. Je ne supporte plus de vivre dans la capitale et avec votre permission je souhaite me retirer dans mon manoir d’Arlac-Eich.
- Tu veux abandonner ton poste d’Intendant des Sages ?
- Non, je resterai à votre service mais comme nombre de mes alter ego qui servent les rois je gérai à distances vos affaires. Je reste bien sûr à votre entière disposition, j’ai d’ailleurs fait déposer dans chacune de vos chambres un hologramme sécurisé pour vous permettre de me joindre à toute heure.
- Soit, je préfère ça, fit Dark. Nous nous reposons beaucoup sur vous, votre perte serait inestimable
- J’ai cependant une dernière requête à formuler. J’ai promis aux parents du soldat mort de lui rendre justice et pour tenir mon serment j’ai visionné l'holosurveillence.
- Inutile mon pauvre ami, fit Olrich, vous savez mieux que quiconque que ces preuves sont irrecevables.»
Lorsque qu’il fut décidé d’installer des caméras dans toute la ville, le syndicat des avocats s’était révolté et avait entraîné la populace dans son sillage. Au nom de grands principes les juges avaient réclamé le retrait de toutes ces atteintes à la vie privée du bon peuple. Cette folie avait durée des mois, des mois de grèves, de revendications et d’émeutes. Puis un jour l’affaire fut réglée, le Syndicat des avocats s’était entendu avec le Conseil des Sages et ils avaient obtenu un accord satisfaisant. Les engins décriés serviront à intervenir au plus vite sur les lieux d’un crime, mais seule la brigade de la surveillance et l’Intendant des Sages aurait accès aux bandes. Dans un regain de justice on admit qu’elles pourraient être produites en justice mais seulement pour innocenter les accusés et contre le paiement d’une somme astronomique. Cette possibilité fut introduite sous la pression de la Confédération des Mafieux qui en avait assez de se faire accuser de tous les crimes. La somme était tellement élevée que seule cette organisation pouvait se permettre de la dépenser pour simplement éviter une condamnation. Du jour au lendemain le discours fut transformé, partout on entendait les avocats chanter les louanges de ce nouveau dispositif : il apportait paix et sécurité, il contribuait aux procès équitables. Grâce à lui la société ne condamnerait plus d’innocent. Une avancée révolutionnaire selon les dires de ses anciens détracteurs. Ce ne fut que bien plus tard que le jeune clerc apprit le dessous des cartes. Si la ligue des avocats s’était indignée ce n’était absolument pas en vertu des libertés individuelles mais seulement pour préserver leur business. Si les caméras permettaient à coup sur d’identifier un coupable alors la justice serait devenue inutile. Les Sages avaient cédé, ils avaient sacrifié la vérité sur l’autel du commerce juridique.
«Que pouvions nous faire ? lui avait demandé Olrich lorsqu’il lui avait fait cet aveu. Le peuple ne nous entendait plus, il hurlait sur son sacrifice trop grand à son goût. Les rues se soulevaient et des gens mourraient. Que pouvions nous faire d’autre ?»
Soren n’avait rien trouvé à répondre.