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17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 23:03

Clio 56

L'ocelot se coucha entre eux, les observant l'air inquiet, probablement à cause de la tension qui émanait de Sélenne.

 

  • - Avant, fit doucement l'albinos, ma présence rassurait les femmes que je laissais m'apercevoir.

S'habituerait-elle un jour à sa voix d'adolescent hors du temps, charmeuse, intrigante ? Elle voulut lui cracher à la figure qu'il ne faisait rien pour la tranquilliser, elle. Mais il ajouta sans lui en laisser le temps :

  • - Hiléria m'avait changé en ce sens.

Un peu voûté, les jambes nonchalamment croisées au niveau des chevilles, adossé au mur couvert d'une tapisserie ancienne, vaguement dorée, l'être blafard dégageait quelque-chose de maléfique qui planait dangereusement entre eux. La rouquine comprit que ce qu'elle allait dire était inapproprié. Il avait enterré avec Hiléria tout le bon qu'elle lui avait apporté. Aussi se tut-elle, à présent elle n'avait plus si peur de lui, il lui paraissait stable. Il avait pris un air avenant, qui lui donnait l'air d'un adolescent comme les autres, dont elle aurait pu être l’aînée de quelques années. Après cet échange de regards qui pour lui avait été délibéré, il prit la fiole ainsi qu'une petite dague dans la poche intérieure de son blouson élimé mais tendance. Puis il commença à s'avancer vers elle, son air insouciant inchangé à ses traits aux prunelles rubis. Elle recula, son cœur battant la chamade, de nouveau. Il s'immobilisa, prit quelques secondes pour lui permettre de se ressaisir. Sélenne parla très vite, sans prendre le temps de réfléchir.

  • - Honnêtement... elle avait parlé fort, proportionnellement à la panique inattendue qui l'oppressait soudain.

Il relâcha les bras, en signe qu'il prenait le temps d'écouter ce qu'elle avait à lui dire. Finalement elle fut donc satisfaite de l'effet produit sur l'albinos, en dépit de la spontanéité de sa réaction. Elle reprit sa respiration, mit les idées en place à son esprit.

  • - Vraiment, j'ai beaucoup pensé à ce que as dit hier. Prends-moi pour une menteuse si cela te chante. Mais tu as raison sur toute la ligne. Tu m'as attirée ici, à présent tu me tiens. Effectivement, je ne souhaite attirer aucun proche dans cette histoire que personne ne croirait. Et vraiment, mes parents adoptifs ne me manquent pas. Je me suis fait de nouvelles connaissances ici. Je vais donc rester. Si cela signifie donner un peu de sang tous les soirs, si c'est le seul moyen pour qu'il ne m'arrive aucun mal, alors je vais le faire, c'est ce que j'ai décidé. Je ne crois pas que cela pourra ramener quiconque d'entre les morts, mais à ce stade, cela m'importe peu. Simplement... je crois que c'est la méthode. Ne peux-tu pas utiliser une seringue au moins ?

 

Uriel tomba des nues. Il continua d'observer la rouquine aux yeux mordorés, en jouant doucement avec l'arme blanche, sans vouloir la menacer de ce geste. Lorsqu'il découvrit que c'était équivoque, il la posa près de lui sur l'étagère de la salle de bain, à côté d'un pot de crème ouvert qui diffusait une douce odeur de jasmin. Le bruit du métal sur le verre teinta sèchement. Il se baissa pour donner une caresse à Ebène, qui se coucha sur le dos en ronronnant doucement. Il leva le nez lorsqu'elle produisit un bruit léger de bruissement de tissu en s'essayant face à eux sur le rebord de la baignoire, le menton dans une main. Il observa son âme en plongeant dans les siens ses yeux vermeille. Il sut qu'elle ne mentait pas. Restait à savoir s'il lui accordait le temps nécessaire...

  • - Le temps d'en trouver une m'est trop précieux, argua-t-il, quoiqu'il n'eut pas encore décidé, assez indécis.

Il aimait étudier la rouquine. Elle exerçait sur lui une sorte d'attraction qu'il ne s'expliquait pas. Il se redressa, sortit une banane d'une autre poche, puis jeta une pomme à Sélenne, qui s'écarta sans comprendre. Il lui adressa un regard moqueur en croquant dans sa banane. Alors elle ramassa la pomme avant d'en croquer une toute petite bouchée.

  • - Je devrais attendre un jour de pluie, rappela-t-il comme elle attendait visiblement qu'il s'explique.

Elle hocha lentement la tête, puis parut réfléchir un moment. Lorsqu'elle se rappela qu'il craignait les rayons du soleil, il le remarqua facilement. Il s'amusa de la façon dont son cou se contracta alors. Elle finit par hausser ses épaules étroites.

  • - J'irai en acheter demain, proposa-t-elle. Pas de perte de temps.

  • Clio 57

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 23:29
Clio 56

Clio 55

  • - C'était un plaisir, sourit Salomé, avant qu'ils n'échangent leur numéro de téléphone, pour finalement se quitter sur le parking qui se vidait lentement.

Sélenne s'assit derrière son volant, puis passa quelques secondes à se remémorer les temps forts de la soirée, qui lui avait fait un bien fou. Raphaël et sa jumelle riant simultanément. Eux l'écoutant passionnément raconter la ville, qu'ils ne connaissaient que trop peu. Elle leur confiant combien elle se sentait soulagée de les avoir rencontrés, réalisant que la solitude l'avait beaucoup pesée. Elle démarra le sourire aux lèvres, mais une minute après, alors qu'elle se concentrait sur la direction à prendre jusqu'à son manoir – celui qu'Uriel avait acheté, en réalité, elle fut la misérable victime d'une terrible douche froide. Elle se gara pour reprendre sa respiration. Plusieurs idées lui vinrent à l'esprit, tandis que son pouls accélérait, lui donnant un genre de sueur froide. Elle faillit téléphoner aux faux jumeaux, pour leur proposer n'importe quoi, si cela lui permettait de ne pas se retrouver seule, tant qu'il faisait encore noir. Son père lui avait avoué qu'il craignait la lumière du soleil, sans pour autant la laisser croire que cela lui permettrait de lui échapper bien longtemps.

« Le jour comme la nuit ne sont pas éternels. », avait-il murmuré doucement, comme s'il n'avait pas souhaité la menacer. Pourtant il s'agissait de cela. Elle fut prise d'un frisson en se rappelant ses prunelles vermeilles. Elle abaissa le miroir devant elle pour étudier son propre regard. Il était mordoré, comme toujours depuis sa naissance. Elle tâcha de maîtriser sa respiration, puis ralluma le contact. Ce n'était qu'un peu de sang. Elle n'avait jamais eu de phobie à ce sujet. Peut-être le plus facile était-il d'accepter.

Uriel avait tout son temps. Il avait traîné autour du manoir toute la soirée. En câlinant l'ocelot, qui ronronnait presque sans arrêt depuis qu'il l'avait retrouvé, il avait comme très souvent laissé sa mélancolie l'emporter dans des rêveries aussi plaisantes que douloureuses. Il vit de loin les phares de la voiture, qui l'éblouirent un instant plus tard. Il tira encore sur la cigarette roulée. Levant les yeux pour observer la lune, il apprécia l'effet de l'herbe, qui commençait à le griser doucement. Autrefois, il partageait ce moment avec Guénaël. Il lui vint à l'idée qu'il était peut-être quelque part, ici-bas, puisque les albinos revenaient visiblement de la Lune, en ces temps tragiques. Clio l'avait averti qu'elle y avait envoyé son ami, peu avant de le quitter définitivement. Il hocha la tête dans le noir. Il verrait ce qu'il y avait à faire de ce côté-là. Mais pour l'heure, Sélenne venait de franchir le seuil de chez elle. Il se hissa sur son séant avec un grognement de plaisir. Il se laissa encore quelques minutes, savourant le moment. C'était là que tout commençait. Le premier jour du décompte jusqu'au retour d'Hiléria. Il avait été suffisamment patient, attendait patiemment le moment opportun, quand la jeune femme était enfin entrée dans cet âge où l'on remet ses parents en doute, où l'on est susceptible de quitter la maison familiale pour migrer très loin. Son heure était enfin venue.

Il fit le tour du manoir, observant la rouquine par les fenêtres tant qu'elle restait au rez-de-chaussée, jouant avec elle à son insu. Elle sentait sa présence, mais il s'effaçait dès qu'elle se tournait dans sa direction. Il trouvait cela drôle. L'herbe qui l'égayait l'empêchait de remarquer combien c'était cruel. Elle finit par monter à l'étage, après un long moment pendant lequel elle sembla attendre qu'il se manifeste. Elle ne quitta donc son manteau qu'à ce moment précis. Alors, Uriel se décida à déverrouiller doucement la porte du côté cuisine pour venir la trouver. Il trouva un saladier empli de fruits divers. Il en attrapa un, puis après un instant d'hésitation, en cueillit un second.

Sélenne se démaquillait en s'observant dans le grand miroir de la salle de bain luxueuse. La pièce ainsi que le couloir étaient inondés de lumière, cela la rassurait, même si elle savait combien c'était illusoire. Elle baissa ses yeux jaunes sur le pot de crème nourrissante, un cueillit un peu du bout de l'index, les ramena au miroir, dans lequel se refléta le visage d'une pâleur saisissante de l'albinos qu'elle n'avait pas entendu entrer. Elle hurla, son cœur opérant un bond si douloureux qu'elle y porta la main par réflexe. Elle sursauta de nouveau lorsqu'Ebène entra nonchalamment dans la salle de bains, se frottant à son maître, avant de venir lui réserver le même traitement affectueux. Mais aucun des deux ne parurent agressifs. Elle cessa donc de vouloir reculer, de toute façon elle s'était acculée au mur du fond. Une main sur le front, elle tâcha simplement de reprendre sa respiration. Lui sembla patienter le temps qu'elle le fasse. L'ocelot se coucha entre eux, les observant l'air inquiet, probablement à cause de la tension qui émanait de Sélenne.

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5 novembre 2014 3 05 /11 /novembre /2014 23:16
Clio 54

Clio 53

L'homme prit une longue inspiration, puis sans prévenir, il lui conta toute l'histoire.

Lorsqu'il eut terminé, il fit tranquillement demi tour. Il regarda son fils dans les yeux. Il avait considéré qu'à 18 ans, il était assez grand pour comprendre, à présent, les raisons de ses silences, que sa mère préférait ignorer. Il pensait que la première question serait Alors as-tu jamais aimé maman ? A quoi il aurait répondu que c'était le cas, il aimait Diana en tant que double physique de Lison, avec qui elle partageait un certain courage. Oui, il l'aimait doucement, sans passion, mais il était bien aujourd'hui, il était content de les avoir. Seulement...

  • - Avec les lorialets qui reviennent sur Terre, tu voudrais être auprès d'elle à nouveau, n'est-ce pas ? Interrogea son fils. Et si elle t'a téléphoné, même si ce n'est pas ce qu'elle a dit, cela signifie qu'elle aussi voudrait être près de toi. Comme à l'époque.

Il hocha la tête, exactement, c'était bien cela. Il passa un bras autour des épaules de son fils. Il se demanda vaguement pourquoi Guilhem l'avait cru si facilement. Il supposa que c'était l'âge. Mais c'était aussi la passion dans ses propos. Ils passèrent la porte de la chambre, puis enchaînèrent la soirée. Néanmoins Clément se révéla plus doué que son garçon pour agir comme si de rien était. Lui y était plus habitué.

  • - Tu es très distrait, ce soir, dit Diana à Guilhem, alors qu'il fixait le spectacle sans le regarder vraiment.

Il fit signe qu'il allait bien, échangea un regard avec son père qu'il adorait. Cela d'autant plus à présent qu'il lui avait parlé. Il l'admirait, réellement, d'avoir vécu tout cela sans perdre l'esprit, puis tourné la page, particulièrement de son amitié avec Hiléria, qu'il n'avait plus jamais croisée ou contactée. Pas après l'avoir revue, peu après Clio et Mallaurie. Ce moment avait été choquant pour Clément. Tout comme celui que Guilhem avait partagé avec lui en début de soirée.

Un danseur fit une acrobatie, tandis qu'il mettait le doigt sur ce qui lui faisait tellement envie depuis que Clément lui avait tout raconté. Il se pencha à l'oreille de son père, pour lui glisser le cœur battant :

  • - Je voudrais partir sur leurs traces. Je veux savoir comment ça finit, papa.

L'homme écarquilla les yeux. Non... lui-même était parvenu à surmonter tout cela, toutes les absences, ainsi que les silences. Il n'avait jamais revu Hiléria, il avait bien noté qu'elle n'était plus la même, qu'à présent elle ne faisait plus qu'un avec le lorialet, qu'il fallait la laisser s'en aller. Si son fils l'obligeait à se replonger dans tout cela aujourd'hui, il savait qu'il n'en sortirait pas indemne. Ce soir-là, il fit signe à son garçon qu'ils reprendraient cette conversation plus tard. Guilhem le comprit, la présence de Diana leur interdisait d'avoir cette discussion. Mais plus tard, ils durent en reparler, car le jeune homme n'avait pas oublié.

  • - Ce sont de vielles histoires, finit par tenter le jeune homme. Qui sait ? Peut-être que Hilly est revenue dans son état normal, elle pourrait avoir besoin d'un ami, comme avant son départ sur la Lune ?

Clément soupira profondément. Il hocha la tête, recueillant de son fils un regard si surpris et ravi que l'espace d'un instant, l'homme oublia les conséquences, simplement heureux de lui faire ce plaisir.

  • - Des vacances en solitaire, répéta Diana, lorsque Guilhem l'informa plus qu'il ne lui demanda son autorisation, qu'il partait le soir-même, pour une durée indéterminée, vers une destination encore inconnue.

  • Clio 55

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27 octobre 2014 1 27 /10 /octobre /2014 22:17
Clio 53.

Clio 52

  • Elle sortit de la voiture en ronchonnant, passa les portes battantes, gagna le comptoir, se présenta résolument.

  • - Et moi c'est Benjamin, sourit son futur patron, visiblement étonné de son air déterminé, mais aussi tellement grave.

Lison avait trente-huit ans, elle était professeur de littérature. Clio et elle s'étaient séparées, depuis les quelques jours partagés avec Clément. Il l'avait détournée d'elle, pourtant elle n'était pas non plus avec l'homme au crâne rasé.

Ce jour-là, elle avait tourné en rond toute la journée. Elle se mordait les doigts d'avoir gaspillé ainsi son samedi, mais elle avait tout bonnement été incapable de corriger des copies, ou seulement de lire, ou même sortir pour prendre l'air. Elle colla le front contre la vitre de son appartement. C'était celui-là même où avait vécu Clément, avec sa fameuse vue sur la ville en contre bas, beaucoup de vitrages. A présent il vivait dans quelque chose de beaucoup plus grand, avec la famille qu'il avait fini par fonder.

Elle n'était pas sortie, parce qu'elle avait tourné autour du téléphone. Elle ne voulait pas trop l'appeler, elle savait que sa femme la détestait. Par-dessus tout, la petite blonde détestait lui attirer des ennuis à lui. Mais bon sang, ces albinos qui étaient réapparus... cela ne lui disait rien qui vaille. Elle finit par se planter devant l'appareil. Quelques secondes plus tard, elle prit le combiné.

Clément attrapa le ballon que lui lançait Guillem, son fils, sur la plage ensoleillée où ils partageaient probablement leurs dernières vacances en famille. Le jeune homme était majeur depuis peu ; comme tous les enfants, il prendrait bientôt son envol. Aucun d'eux n'entendit le téléphone qui sonnait loin sur la serviette.

Mais Diana, la femme du cinquantenaire, restée avec leurs affaires, prit l'appareil qui affichait Lison. Elle soupira, tandis que tout lui passait par la tête : raccrocher, décrocher pour lui lancer des insultes, ou bien pour lui dire que son mari n'avait rien à lui dire. La blonde aux yeux vairons – un vert, l'autre bleu, était plus jeune que son époux, sans compter que pour l'avoir un peu vue, au début de leur mariage, elle savait combien elle ressemblait à Lison en tous points. Elle soupira, elle savait que la jeune femme n'était pas intéressée par les hommes. Elle voulut appeler le sien, mais la sonnerie cessa à cet instant.

  • - Lison a appelé, l'informa-t-elle dès que leur fils et lui revinrent à leur serviette.

Le jeune homme observa son père. Comme toujours lorsqu'il s'agissait de la petite blonde, il lut ce trouble sur son visage un peu ridé. Cela raviva le vieux malaise que ce genre de situations provoquait en lui, son fils. Il savait que Clément voyait Lison en secret de sa mère, mais n'avait jamais compris pourquoi, si comme il l'affirmait, il n'y avait rien entre eux deux.

Plus tard dans la soirée, alors qu'ils s'apprêtaient à gagner le restaurant de l'hôtel, sa mère lui demanda de trouver l'homme au crâne rasé. Dieu seul savait où il était parti, alors qu'ils avaient prévu de dîner tôt pour ensuite assister à ce spectacle sur la plage à côté. Lorsque Diana faisait cela, il savait que c'était pour éviter de harceler Clem, qu'elle avait déjà appelé une fois. Il soupira, cela aussi le mettait mal à l'aise.

Guillem fit quelques couloirs, quelques allées, pour finalement trouver son père, à se promener seul, de son pas qu'il reconnaissait bien. Il avait souvent ce pas mélancolique, lorsqu'il s'agissait de Lison. Guilhem secoua la tête, en signe qu'il n'aimait pas cela. Il courut un peu pour le rejoindre, même s'il savait qu'il n'aurait pas beaucoup d'informations, pas plus que d'habitude. Lorsqu'il arriva à la hauteur de son père, il lui adressa simplement un regard, rien de plus, pour lui dire qu'il était là. Clément avait toujours fait ce qu'il fallait avec lui. Le jeune homme, châtain aux yeux verts, lui devait son caractère équilibré, posé et raisonnable, même si sa jeunesse le rendait plus impulsif. L'homme prit une longue inspiration, puis sans prévenir, il lui conta toute l'histoire.

Clio 54

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23 octobre 2014 4 23 /10 /octobre /2014 22:14
Clio 52.

Il se pencha en avant, l'interrogeant du regard. Elle prit une longue inspiration, se leva brusquement puis voulut courir en hurlant. Mais il tenait toujours sa main. Il la tenait, aucun d'eux ne possédait de forces surhumaines mais elle était moins forte que lui, tout simplement. Ébène se leva et trottina vers eux en jappant, ne sachant qui défendre. Exactement comme lorsqu'il était apparu quelques heures auparavant, transpirant de mauvaises intentions à l'égard de la rouquine, qui sentait comme Hilly.

  • - Je sais que tu m'as toujours sentie, lorsque je venais te voir. J'en sais beaucoup sur toi, je sais que tu peux supporter tout cela. Ce n'est qu'un filet de sang tous les jours, Sélenne, ce n'est presque rien, voyons. N'as-tu pas envie de rencontrer ta vraie mère ? Peut-être aura-t-elle envie d'embrasser son rôle envers toi, qui sait ? Allez, petite, je sais combien tes parents adoptifs t'ont déçue récemment.

Elle fit signe qu'elle ne fuirait pas, tâchant de reprendre sa respiration. Il la lâcha doucement. Puis elle se remit à courir. Désespérément, elle fit du mieux qu'elle put pour s'échapper. Mais il suffit de quelques foulées à l'albinos pour la rattraper. Elle se sentait piégée, désespérément. Tandis qu'il la tenait, elle se laissa glisser au sol, sans retenir ses larmes ni ses plaintes qui résonnaient dans le manoir lugubre. Il s'agenouilla devant elle, lui caressa les cheveux, sans toutefois afficher le moindre sentiment, en réalité il n'en ressentait aucun. Il avait fermé la porte à tout ce genre de choses.

  • - Je m'appelle Uriel, dit-il. Ne tente pas de fuir cette ville, ou bien tu emmèneras tes ennuis avec toi, or je suis sûr que tu ne veux impliquer personne dans tout cela. Nous allons ramener un mort. Personne ne te regardera comme avant si tu racontes cela. Tiens, conclut-il en lui tendant de deux doigts un bout de papier que tous ces mouvements avaient complètement froissé. Appelle si tu as un problème.

Uriel lâcha sa fille, lui fit signe que tout allait bien. Il se releva lestement, gagna la porte qu'il déverrouilla avec sa clef : c'était lui qui avait acheté cet endroit, bien sûr qu'il pouvait y entrer ! Il savait du reste que Sélenne ne trouverait pas toutes les portes avant très longtemps, en particulier celle qui menait à la cave, cachée au sol sous un tapis de feuilles mortes. Rendu dehors il sentit qu'on le suivait. Il se retourna pour trouver Ébène, qui le fixait depuis le pas de la porte. Lorsque sa fille la verrouilla à double tour, l'animal jappa puis se mit à trottiner jusqu'à lui. L'albinos se pencha pour lui gratter la nuque affectueusement. Le lorialet soupira puis gagna le café, où il dansait ce soir, comme c'était le cas plusieurs fois par semaines.

Sélenne se promenait chez elle, sa bouteille de soda à la main, en tâchant d'y voir un peu plus clair. Elle pleurait toujours, principalement parce qu'elle se sentait seule face à toute cette histoire. Elle était prise au piège, car il avait tout planifié parfaitement. Elle voulait bien le croire lorsqu'il lui disait qu'il la suivrait n'importe où : il connaissait toute sa vie. Il l'avait suivie tout le temps, mais pas comme il avait suivi Clio, dont elle venait d'apprendre l'existence. Il avait aimé la petite brune, il avait couvert ses arrières. Tandis qu'il n'avait fait qu'étudier la rouquine, dans le but de s'en servir un jour. En s'observant dans un miroir, elle se demanda pourquoi elle ressemblait aussi peu à ses vrais parents, avec ses cheveux fauves et ses yeux mordorés. Lasse, elle finit par s'affaler devant son poste de télévision. Sa somnolence y fut retardée par un fait divers qui la toucha, vus les récents événements : à trois endroits différents du monde, un albinos disparu avait été retrouvé. L'étrangeté de la situation provenait du fait qu'ils étaient disparus à des moments différents. Leur absence se comptait parfais en mois, mais pour l'un d'eux, cela faisait des dizaines d'années. Or il ressemblait toujours à un petit garçon, il n'avait pas grandi en son absence.

Sélenne s'endormit, elle ne pouvait pas comprendre que la Lune les avait recrachés, eux et beaucoup d'autres dont l'on n'avait pas remarqué le retour, car la plupart du temps, les lorialets ne laissaient pas trace de leur existence. Le lendemain matin elle se sentit encore bizarre, sur le chemin elle lança deux fois un appel qu'elle interrompit aussitôt, en direction de proches dont elle aurait aimé recevoir un soutien, mais qu'elle ne souhaita pas impliquer, comme l'avait présagé son fameux père. Elle finit par garer sa voiture sur le parking, devant le bar où elle allait travailler. En observant la devanture illuminée qui indiquait fièrement L'aurore,elle se demanda vaguement ce qu'elle faisait encore dans ce patelin de bouseux, pourquoi ne rentrait-elle pas à la maison ? Puis elle se rappela qu'elle n'avait même pas réussi à appeler quelqu'un. Elle sortit de la voiture en ronchonnant, passa les portes battantes, gagna le comptoir, se présenta résolument.

Clio 53

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10 octobre 2014 5 10 /10 /octobre /2014 21:09
Clio 51.

Clio 50

Elle avait engagé une femme de ménage pour briquer les lieux avant son arrivée, ce qui avait demandé un peu d'organisation et ses dernières économies, mais le lendemain, elle prenait son nouveau travail – simple serveuse dans une cafétéria-bar-salle de jeu, le seul lieu à la ronde dans cette campagne profonde où l'on se réunissait lorsque l'on souhaitait consommer quelque chose.

Elle regarda l'ocelot, lui la fixa en retour. Elle haussa les épaules : elle était venue dans le patelin pour trouver de l'étrange, en réalité, elle devait cesser de se le cacher. C'était à cela que revenait son envie de comprendre ce qui se passait autour d'elle. Elle était servie, de quoi se plaignait-elle donc ? Elle fit demi-tour sans même s'étonner que l'animal rouge à pois noirs la suive jusqu'à son manoir, qui lui donnait légèrement froid dans le dos. En tournant la lourde clef dans la serrure qui grinça, elle se demanda de nouveau comment ses parents biologiques avaient bien pu vivre là. Elle soupira : s'ils avaient mentionné son existence dans leur testament, cela signifiait qu'ils auraient été heureux qu'elle fût venue là, au moins pour un temps. Elle ouvrit la porte, puis sursauta en poussant un léger cri de surprise : l'ocelot, en entrant, poussa de nouveau des jappements apeurés et excités en bondissant en tous sens. Sa gorge se noua, elle se sentit oppressée, dans une telle escalade de détresse qu'elle faillit perdre pied.

  • - N'aie pas peur, petite fille, fit une voix rassurante dans son dos, vers laquelle l'ocelot se mit aussitôt à montrer les crocs. Toi non plus, ordonna le jeune homme à l'animal qui continua malgré tout à lui montrer les dents.

Sélenne le regardait fixement depuis qu'il était entré chez elle, avec sa dégaine de créature hors du temps. Blond aux yeux rouges, il disait ne pas être un esprit, pourtant elle avait peine à le croire. Il disait que l'animal l'avait senti dans l'air, parce qu'il l'observait de loin et qu'il connaissait son odeur pour l'avoir trop longtemps recherchée. Elle avait prévenu le travail qu'elle était souffrante, lui disait qu'il lui arrangerait cela de toute façon : il connaissait tout le monde ici, sans que personne ne le connaisse réellement en retour. Ils enchaînaient les tasses de thé depuis des heures. A présent Ebène – ils avaient nommé l'ocelot ainsi – dormait à leurs pieds, sereine. Il lui avait tout conté, sans jamais rien lui épargner. Hiléria et lui s'étaient aimés d'une façon qui leur avait été propre, entre enfants de la Lune – naturel et adoptée, pour être tout à fait exact. Elle était de nouveau tombée enceinte de lui, puis elle était morte en couche, mais Sélenne avait survécu. Les parents d'Hiléria avaient fait adopter la petite, c'en était trop pour eux. Uriel était resté en dehors de tout cela, il était resté tel que la Lune l'avait recraché. Mais il avait dressé autour d'elle ce mensonge à propos du manoir, pour à terme l'attirer dans ce lieu où il voulait l'isoler.

  • - Pas d'instinct paternel, lâcha-t-il durement. Quant à Clio ou qui tu veux, fais ce que bon te semble. Je suis venu pour autre chose, conclut-il en la jaugeant du regard.

Il brandit une petite fiole, qui lui sembla à elle, la citadine, tout droit sortie d'un conte de fées. L'albinos donna une longue caresse à l'ocelot, qui se mit à ronronner comme un gros chat insouciant.

  • -Depuis quelques années, j'ai donc perdu la femme que j'aimais. La seule que je puisse aimer, la seule que j'aimerai jamais, la seule que je désire aimer.

Il se mit à prendre une voix légère. A mesure que ses propos gagnaient en morbide, ce timbre devint de plus en plus enfantin. Sélenne s'était figée depuis bien longtemps. Lorsqu'il lui prit la main, elle ne réagit même pas.

  • - J'ai retourné la Terre, puisque j'y suis bloqué, pour récupérer ta mère. J'ai trouvé nombre de choses et autres créatures dont tu ne veux pas connaître l'existence. Mais surtout, j'ai trouvé une sorcière, Déméa. Avec une petite saignée quotidienne de la chair de sa chair, ainsi que quelques autres ingrédients plus faciles à obtenir, elle peut ramener Hiléria. Certes, ce ne sera pas exactement celle que j'ai connue, mais d'après ma sorcière, les différences ne devraient poser problème à personne.

Il se pencha en avant, l'interrogeant du regard. Elle prit une longue inspiration, se leva brusquement puis voulut courir en hurlant. Mais il tenait toujours sa main. Il la tenait, aucun d'eux ne possédait de forces surhumaines mais elle était moins forte que lui, tout simplement. Ébène se leva et trottina vers eux en jappant, ne sachant qui défendre. Exactement comme lorsqu'il était apparu quelques heures auparavant, transpirant de mauvaises intentions à l'égard de la rouquine, qui sentait comme Hilly.

Clio 52

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1 octobre 2014 3 01 /10 /octobre /2014 22:50
Clio 50.

Clio 49

  • - Très bien, nous voilà éclairés sur les faits, gardez pour vous tout ce que vous désirez. Simplement, il faut dire à Clio ce qui lui vaut que vous ne l'aimiez plus. Vous l'avez brisée en partant, si vous ne lui revenez pas elle doit comprendre vos raisons.

Il les fixa, aussi longtemps qu'il le fallut, mais jamais ils ne prononcèrent un traître mot qui pût les éclaircir. Ils ne firent que nier mollement, serrés l'un contre l'autre avec leur détachement.

Uriel et Hiléria s'étaient assis là une fois réchauffés par l'eau artificiellement chaude. D'abord ils s'étaient tus, tous deux distants de quelques centimètres, une boule à la gorge. Puis il l'avait attirée contre son épaule, où elle s'était laissée aller avec soulagement.

  • - Tu te rappelles le chaton ? Avait-il murmuré dans ses cheveux sombres.

  • - Il me manque, avait-elle avoué d'une toute petite voix.

Il avait hoché la tête dans ses mèches noires, les yeux emplis des larmes. C'est à cet instant que Mallaurie et Clio étaient apparus au coin de la porte, alors Hiléria s'était redressée sans s'éloigner de lui. Un autre électrochoc s'était produit en lui, mais cela ne suffit pas à réveiller ce qu'il avait été avant. Il avait perdu son humanité. A présent, il ne comprenait plus ce qui l'avait fait s'intéresser à ces gens-là. Il se souvenait qui ils étaient. Mais cela ne déclenchait plus rien à son esprit, devenu différent d'avant son départ. Il avait juste désiré qu'ils s'en aillent, car il sentait qu'ils troublaient Hiléria.

Hiléria avait perdu le souffle en les voyant entrer dans son salon. Effectivement, elle s'était troublée. Mais c'était tout, cette petite tempête à son esprit s'était apaisée rapidement. Il s'était vidé de tout, sauf de la tristesse d'être de retour sur terre et d'Uriel, tout le reste avait disparu de son psychique.

Chapitre 2. La seconde fille dans l'ombre.

Sur la Lune, l'ocelot se retrouva tout seul. Né de l'amour des deux êtres dissemblables, il les avait perdus tous les deux, sans eux il aurait dû disparaître. Au lieu de cela, parce que ce n'étaient pas des lorialets, pas seulement, parce qu'à eux deux, ils avaient créé une magie différente, plus puissante comme tout ce qui est contre-nature, la créature commença à dégager quelque chose de dangereux. De sa détresse naquit un poison. L'ocelot vécut sa vie de magie durant des siècles, sans s'apercevoir de cela : il chassa pour vivre, se baigna pour rester propre, contempla son monde pour combler sa solitude. Peut-être que si quelqu'un s'était intéressé au jeune fauve, lui avait donné un peu de l'amour parental dans lequel il était né, la Lune aurait-elle été épargnée. Mais les créatures de la Lune n'étaient pas conçues ainsi, elles vivaient dans le monde qu'elles voulaient voir. Aucune ne vit l'ocelot, chacun le fuit parce que son contact était nocif, sans jamais s'apercevoir de ce qui rongeait la Lune.

L'ocelot n'était qu'un animal, il n'avait pas voulu ce qui se passa. Lorsqu'autour de lui, tout se détruisit, parce que la Lune n'était pas conçue pour porter une créature comme lui, il se mit à trembler, simplement persuadé que tout était terminé, tétanisé à l'idée de mourir.

La Lune disparut et l'ocelot tomba. Ce fut douloureux, il hurla de toutes ses forces, il aurait préféré mourir. Mais les félins retombent toujours sur leurs pattes. Il se réceptionna aux pieds de Sélenne tandis qu'elle faisait son footing. Elle cria, manqua le percuter, dérapa et se retrouva par terre.

  • - Mon Dieu, souffla-t-elle en se recroquevillant, fascinée par l'animal qui la regardait, le regard chargé de sa douleur.

Elle lui tendit la main, il lui semblait que l'animal la reconnaissait. Mais il fit le tour de sa personne, pour bondir sur le vide, soudain agressif. Surpris, il recula avec un jappement. Sélenne frissonna en soupirant profondément. Voilà pourquoi elle était venue à Lioville. Elle en avait assez des manifestations étranges. Elle ne pouvait plus continuer à mentir à ses proches, se laissant affubler de tous les reproches sans jamais pouvoir dire la vérité. En effet, elle était distraite, parce que quelque chose la distrayait. Elle n'avait jamais encore pu le voir. Mais a présent, elle allait en avoir le cœur net. Elle était majeure, elle avait dix-huit ans. Elle avait quitté la maison, se mettant en cela ses deux parents adoptifs à dos, mais peu lui importait. Ses vrais parents avaient vécu ici, ils étaient morts ici, d'après ce qu'on lui avait dit, dans le manoir qui lui appartenait, où elle était arrivée la veille au soir. Elle avait engagé une femme de ménage pour briquer les lieux avant son arrivée, ce qui avait demandé un peu d'organisation et ses dernières économies, mais le lendemain, elle prenait son nouveau travail – simple serveuse dans une cafétéria-bar-salle de jeu, le seul lieu à la ronde dans cette campagne profonde où l'on se réunissait lorsque l'on souhaitait consommer quelque chose.

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 23:27
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Résumé

Le lendemain, lorsqu'ils reprirent la route dans la voiture dont elle aimait l'odeur rassurante car toujours identique à ce qu'elle était la veille – c'était un mélange du parfum de Clém, du sapin accroché au-dessus de leur tête et de l'odeur corporelle de l'homme, peut-être de la sueur, elle n'aurait su le dire, elle posa la main sur la sienne, qui reposait sur le levier de vitesse. Lorsqu'il put lâcher le levier, il prit franchement cette petite main fraiche. Toute la journée, jamais leurs doigts ne se lâchèrent sans se chercher de nouveau dès que cela redevenait possible.

Hiléria raccrocha de l'appel de Lison. Elle quitta Clément, parce qu'Uriel avait disparu à son champ de vision, ce qui l'avait plongée dans la panique la plus intense. Elle ouvrit la porte à la volée, faillit le percuter. Il relâcha le bras qui s'était apprêté à actionner la poignée, ce qui lui prouva qu'il venait de faire demi tour pour retourner près d'elle. Il ressemblait à un adolescent, dans sa tenue d'Adam, si frêle, sans muscle aucun. Il la dévisagea, avant de dessiner des épaules un geste d'impuissance.

  • -Je... Je vais prendre une douche chaude et ensuite, si tu as quelque chose que je puisse passer... Je commence à avoir froid.

Elle fit oui de la tête. Elle le suivit, elle était incapable de faire autre chose. Lorsqu'il entra dans sa salle de bains, elle s'arrêta au seuil. Ils n'étaient plus sur la Lune, ce n'était pas un lac tiède, immense. Ici elle ne se voyait pas se baigner avec lui. Elle tenta de forcer son corps à faire demi tour, il y avait une autre salle de bains, chez Clio, sa fille. Un petit électrochoc se produisit, mais il ne suffit pas, il se perdit au détour de sa conscience. Elle fit demi tour, gagna cette salle de bains. Elle se sentit aussitôt si seule que ce fut presque insupportable. Elle se tourna sur elle-même. Uriel fit le pas qui les séparait. Elle se colla contre son corps trempé. Il referma les bras autour d'elle. Ils s'accroupirent un moment dans la serviette qu'il enroula autour d'eux. Ils tombèrent dans une somnolence profondément bienfaitrice.

Mallaurie n'ôta pas le bras de la taille de la petite brune lorsqu'elle fit tourner les clefs dans les serrures de ce qui avait été sa maison. Elle avait tenu à revenir ici, persuadée que de retour dans le monde, elle devait passer par cet endroit. Elle voulait vaguement prendre de nouvelles affaires pour les ramener chez Mallo, afin de faire un pas de plus vers la vie sans ses parents.

Elle fit jouer la serrure, passa le seuil, entendit des voix, écarquilla les yeux. Mallaurie et elle pressèrent le seuil. Lorsqu'elle attrapa sa main il la serra si fort qu'elle lui lança un regard affolé, en signe qu'il lui faisait mal.

Ils s'arrêtèrent au seuil du vaste salon, alors qu'Hiléria et Uriel venaient de cesser leur conversation au ton las pour braquer sur eux le regard dans un ensemble dissemblable. Elle semblait triste et coupable, tandis que lui paraissait coléreux.

Le rouquin contracta la mâchoire, sans sentir combien les doigts de Clio venaient de se glacer, tandis que lui se sentait lentement vidé de tout sentiment cohérent. Un ange s'éternisa longtemps. Il ne se demandait plus pourquoi elle n'avait pas appelé lorsqu'elle était revenue. Il voyait clairement qu'elle n'avait simplement pas eu envie de les revoir.

  • - Fais ce que tu veux, glissa-t-il à la petite sans quitter des yeux celle qu'il avait aimée, attendue, gâtée et finalement perdue. Je t'attends dans la voiture.

Alors que Mallaurie faisait un lent demi-tour, abasourdi par ce qui venait de lui arriver, blessé jusqu'à la moelle, la jeune femme se remit en mouvement, tant de corps que d'esprit, pour s'agiter, serrer plus fort ses doigts, se tourner vers lui, puis supplier sans fausse fierté :

  • - Reste avec moi, Mallo, je t'en prie, ne me laisse pas. J'ai peur.

Ces quelques phrases laissèrent Hiléria et Uriel sans réaction aucune, mais à elle, ils lui redonnèrent vie : elle se retourna vers ses parents, qui n'avaient pas bougé depuis leur arrivée. Collés l'un à l'autre dans le canapé, ils semblaient vautrés dans leurs péchés. Clio attira le rouquin vers les fauteuils qui leur faisaient face. Elle lui fit signe de s'asseoir, puis lorsque ce fut fait, choisit l'accoudoir pour l'imiter.

  • - Qu'est-ce qui se passe ? Les interrogea-t-elle, supportant difficilement leur mine dont le seul point commun était qu'ils prouvaient qu'ils s'étaient vidés de tout sentiment à son égard.

Ils expliquèrent brièvement ce qui leur était arrivé. En parlant, ils tentèrent visiblement de cacher cette vacuité que l'homme lisait dans leur voix et leur regard. Le pire était de voir la petite pleurer en silence. Elle avait été extravertie, sans faille, confiante en la vie en général, malgré ses phobies qu'elle combattait courageusement. Depuis le bateau, il avait bien vu combien elle avait changé. Elle semblait déprimée jusqu'à la moelle, désireuse de faire son deuil, ce qu'il avait compris. Mais à présent, il semblait au rouquin que ce serait encore plus difficile pour elle. Qui pourrait supporter de perdre l'amour de ses deux parents sans aucune raison à laquelle se rattacher et de ce fait, sans aucune possibilité de renouer ? Il n'avait pas prononcé un mot depuis leur arrivée, mais à présent ils avaient terminé leur court récit, qu'ils avaient écourté au maximum, désireux de garder leurs secrets pour eux-deux. Il laissa sa rage éclater, se moquant éperdument des conséquences que ça aurait pu avoir :

  • - Très bien, nous voilà éclairés sur les faits, gardez pour vous tout ce que vous désirez. Simplement, il faut dire à Clio ce qui lui vaut que vous ne l'aimiez plus. Vous l'avez brisée en partant, si vous ne lui revenez pas elle doit comprendre vos raisons.

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23 août 2014 6 23 /08 /août /2014 17:38
Clio 48

Cliio 47

  • -Salut, Hiléria, lâcha-t-il un peu sombrement.

Il sursauta lorsqu'incertaine, la main de Lison commença à lui caresser le dos. Il avait vaguement pensé lui dire d'arrêter, mais lorsqu'il croisa son regard tendre, il en fut incapable. Il prit cette main, s'assit au bord de la chaussée, serra ces doigts contre son front, referma les yeux.

  • -Clément, murmura Hiléria.

Il ne s'y était en aucun cas attendu, mais les mots lui vinrent, finalement.

  • - Qu'est-ce que c'est que ce timbre épuisé... Qu'est-ce qui s'est passé, bon sang, Hilly, je t'ai cherchée partout, dans tous les livres poussiéreux qui parlaient de ces créatures démentes, Je... J'ai failli détruire la vie de Lison, est-ce que... Est-ce que tu vas bien, au moins, satanée...

Elle s'était rapidement remise à pleurer, mais lorsqu'il avait parlé de la petite blonde, elle parvint à prononcer quelques mots, quoique sa gorge fût si serrée que ça en fut douloureux :

  • -Comment cela, Clément, est-ce qu'au moins... Qu'est-ce que tu lui as fait ?

Il glissa un regard vers la jeune femme, qui lui souriait doucement.

  • - Elle va bien, je crois. Ne t'inquiète pas. Je... J'arrive, est-ce que tu es avec Clio ?

La voix de la brune aux yeux sombres prouva combien elle se sentait mal, il aurait donné cher pour être dans sa tête, il ne se sentait pas la patience d'attendre d'ouïr la vérité de sa bouche, de deviner les non dits sur ses traits qui lui manquaient.

  • - Non... J'ai besoin d'être un peu seule. Je n'ai pas encore vu Clio, je...

Ses sanglots redoublèrent, de sorte qu'elle ne put pas parler, l'espace de quelques secondes, qui glacèrent l'homme jusqu'à l'os. Qu'était-il arrivé à Hiléria pendant qu'elle était avec le maudit lorialet ?

  • - Es-tu avec lui, prononça-t-il de son ton le plus protecteur, t'a-t-il fait du mal, as-tu besoin d'aide, petite ?

C'étaient les mots qu'il aurait prononcés s'ils étaient encore des adolescents, il savait qu'elle s'en était rendue compte, d'ordinaire cela avait toujours fait du bien à cette femme qu'il avait toujours couvée, depuis des décennies.

Hiléria tâcha de s'apaiser un peu. Uriel, épuisé aussi d'avoir comme elle versé trop de larmes pendant des heures, quitta le plan de travail. Sur ses deux jambes, le visage décomposé d'avoir tant pleuré, il s'étira puis d'un pas lent, se mit à marcher vers l'extérieur de la cuisine. Elle paniqua. Ses larmes se tarirent, fait miraculeux s'il en était.

  • -Pas du tout, répondit-elle distraitement. Tu as raison, passe à la maison, à plus tard.

  • - Elle a raccroché, s'étonna Clément en écarquillant les yeux.

Lison se demandait ce qu'ils allaient tous devenir. Elle pressentait qu'ils avaient tous changé. La mère de sa petite amie n'avait jamais été du genre à vous raccrocher au nez alors que vous veniez de passer des semaines à la rechercher. Elle avait été forte mais aimante, autrefois. Elle fuyait Uriel, parce qu'il représentait son seul risque de perdre pied. La petite blonde pressentait qu'elle avait lâché prise et que Clément n'aimerait pas le résultat.

Et Clio... Clio était extravertie, elle rassurait la jeune femme parce qu'elle disait toujours tout. Au contraire, elle lui avait peu parlé au téléphone. Elle tira l'homme pour qu'il se relève, enlaça sa taille, se colla à lui en reprenant leur marche. Lui enlaça ses épaules. Avec lui elle se sentait en sécurité, aimée, sûre de l'avenir. Quoi qu'il leur arrive, elle aurait toujours Clément. Elle leva les yeux sur le brun des siens. Il lui rendit un regard saturé de sentiments, qui ne lui plaisaient pas tous, à lui-même. Elle lui sourit, effleura son épaule des lèvres. Il inspira à fond, puis posa un baiser au sommet de sa tête blonde. Le lendemain, lorsqu'ils reprirent la route dans la voiture dont elle aimait l'odeur rassurante car toujours identique à ce qu'elle était la veille – c'était un mélange du parfum de Clém, du sapin accroché au-dessus de leur tête et de l'odeur corporelle de l'homme, peut-être de la sueur, elle n'aurait su le dire, elle posa la main sur la sienne, qui reposait sur le levier de vitesse. Lorsqu'il put lâcher le levier, il prit franchement cette petite main fraiche. Toute la journée, jamais leurs doigts ne se lâchèrent sans se chercher de nouveau dès que cela redevenait possible.

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21 août 2014 4 21 /08 /août /2014 23:39
Clio 47

Clio 46

  • - Je viens de remarquer que pas une seconde, je n'ai cru qu'ils reviendraient. Je m'étais complètement tournée vers toi, tu étais devenu mon univers, je ne voyais plus que toi dans ma vie, qu'est-ce que tu vas faire avec ça, tu veux bien me le dire ?

Il ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Il ouvrit la bouche pour la presser d'avouer qu'elle le faisait marcher. Mais il referma la bouche. Non seulement, il savait qu'elle ne plaisantait pas. Mais pire : il ne pouvait pas affirmer avec certitude qu'il ne comprenait pas, encore moins que ce n'était pas son cas. Il se passa une main sur le visage, se racla la gorge.

- Je voudrais que tu répondes quelque chose, lâcha-t-elle de ce même ton qui le perturbait de plus en plus.

Elle avait perdu sa douceur et son innocence. Voilà ce que traduisait ce timbre nouveau qui faisait d'elle une autre que la jeune femme qu'il avait enlevée des semaines auparavant. Il gloussa nerveusement, puis répondit sur un ton plus sage que ce qu'il avait souhaité :

  • -C'est le syndrome de Stockholm, je vois que ça, petite fille.

Elle lui répliqua d'un regard qu'il ne s'en tirerait pas ainsi, mais qu'elle pouvait bien attendre. Les choses ne s'améliorèrent pas lorsqu'ils firent halte dans un autre hôtel miteux, le dernier où ils s'arrêteraient ensemble, vraisemblablement. Ils grignotèrent des cochonneries dans une brasserie de seconde zone, puis ils firent quelques pas dehors, en attendant que la nuit fût assez avancée pour ressentir le sommeil. Elle paraissait perturbée par des pensées dérangeantes depuis un moment, mais il n'était pas prêt à lui poser de question, pas jusque-là. Lorsqu'enfin, il voulut répondre à celle qu'elle avait posée des heures auparavant, elle dégaina son téléphone, fit glisser le clavier. Il lui fit signe de lui accorder une seconde, avant de passer cet appel dont il ignorait l'objet, ce qu'elle accepta avec un drôle de signe de tête. Il prit une grande inspiration, espérant que les mots justes paraîtraient plus clairs que la pensée qu'il ne parvenait pas à clarifier en lui-même.

  • -Je t'aime aussi, Lison.

C'était sorti tout seul. Diable, pour le coup c'était clair. Il avait pensé parler pendant des heures, car sa pensée n'était que longues périphrases. Mais c'était cela, en réalité. A présent il la dévisagea. L'ancienne elle n'aurait pas affiché ce minois euh... coquin. Elle lui donna une accolade qui lui fit monter un large sourire, auquel il ne se serait attendu pour rien au monde. Elle lui donna le bras, cala sa tête son épaule tellement large et rassurante. Elle ferma les yeux, puis pressa le bouton envoi, elle venait de lancer l'appel.

  • - Allô, lâcha Hiléria, à quoi Lison écarquilla ses yeux verts, décolla la tête de l'épaule de Clément et répondit plus haut que nécessaire, mais c'était l'émotion :

  • -Ô mon Dieu !

Clément tâcha de digérer l'information, tandis que la petite blonde lui tendait l'appareil, sans visiblement avoir elle-même trouvé que dire à la mère de sa petite amie. Il comprit vaguement qu'elle s'était dit qu'un miracle en amenant un autre, on ne savait jamais, puis elle avait composé le numéro de la brune aux yeux sombres. Il prit le téléphone, s'arrêta de marcher, leva la tête en fermant ses yeux sombres. Il secoua la tête avant de commencer par une banalité :

  • -Salut, Hiléria, lâcha-t-il un peu sombrement.

Il sursauta lorsqu'incertaine, la main de Lison commença à lui caresser le dos. Il avait vaguement pensé lui dire d'arrêter, mais lorsqu'il croisa son regard tendre, il en fut incapable. Il prit cette main, s'assit au bord de la chaussée, serra ces doigts contre son front, referma les yeux.

  • - Clément, murmura Hiléria.

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